Une historien à Paris: La morale et l’économie à la « Belle époque »

eNL14_art4_web.jpgIl y a un an, l‘historien John Finder est arrivé à Paris avec le soutien de l’Office International d’échanges universitaires (OIEU).  En septembre 2016, il a réintégré l’université Louis-et-Maximilien de Munich, son université d’origine. Mais seulement pour six mois, car un poste l’attend ensuite à l’Institut Historique de Rome. L’historien profitera de son séjour en France pour terminer son HDR sur la « relation entre l’ordre moral et l’économie à la Belle Époque ».

Dans le domaine des sciences naturelles, il est depuis longtemps de bon ton de partir à l’étranger après le doctorat pour faire de la recherche. Désormais, ce phénomène s’est répandu également dans le domaine des sciences humaines, notamment grâce aux nombreuses possibilités de financement disponibles pour des séjours à durée déterminée à l’étranger. Ceux-ci sont particulièrement prisés, vu le manque de postes pour jeunes chercheurs dans les établissements d’enseignement supérieur.

Le séjour post-doctoral d’un an de John Finder à Paris vient d’arriver à son terme. Celui-ci a été financé par l’OIEU. Sciences Po a été son établissement d’accueil. Un endroit plutôt inhabituel pour un historien qui fait des recherches sur le 19ème siècle ? « Pas vraiment », explique le chercheur. Certes, Sciences Po est avant tout réputé comme pépinière de futurs dirigeants, aussi bien dans le secteur économique que politique, mais la recherche y est également essentielle. Avec plus de 200 chercheurs, les unités de recherche de Sciences Po contribuent de manière considérable à la production et à la diffusion du savoir en droit, économie, histoire, science politique et sociologie.

Comme l’explique John Finder, si la recherche à Sciences Po occupe une place de choix, c’est aussi parce que les coopérations en matière de recherche sont un instrument important de l’internationalisation. Les échanges avec les collègues étrangers rehaussent non seulement la réputation des professeurs, mais apportent aussi une valeur ajoutée sur le plan scientifique. Certaines thématiques ne peuvent être abordées judicieusement que dans le cadre d’une coopération internationale, comme le montre par exemple le projet «A World of Debts» sur l’histoire de la dette publique. Les étudiants en master de Sciences Po, dont le cursus prévoit au moins un semestre « hors les murs » dans une des nombreuses institutions partenaires, bénéficient également de ces activités d’internationalisation. L’intégration internationale des doctorants y est également particulièrement élevée.

Pendant son séjour à Paris, John Finder a été rattaché au Centre d’histoire de Sciences Po et a de ce fait eu la possibilité de rencontrer ses pairs français lors des séminaires de recherche et des congrès. Il était en même temps chercheur invité de l’IHA et y a occupé un bureau. Un vrai luxe vu le manque d’espace dans les universités parisiennes ! Ainsi, le chercheur a eu la chance d’intégrer doublement le monde des historiens à Paris.

Ce n’est un secret pour personne que le moyen idéal de se créer un réseau scientifique est de concevoir et d’organiser ses propres manifestations. John Finder fut donc ravi d’organiser l’université d’été de l’IHA en juin dernier, en collaboration avec ses collègues Alain Chatriot, Nicolas Delalande et Jakob Vogel du Centre d’histoire de Sciences Po. Les recherches de John Finder se situent à la croisée de l’histoire et de l’économie et il a de ce fait choisi pour cette université d’été le thème « Cultures et Savoirs de l’Économie (XVIII e – XX e siècles) ».  Y ont participé, en majeure partie, des jeunes chercheurs originaires d’Anglais, de France,  d’Italie, de Suisse et des États-Unis, entre autres.  Un moment fort de cette université d’été fut la conférence du célèbre chercheur américain Adam Tozen de l’Université de Columbia sur le thème « The Great Financial Crisis 2007-2015, Approaches for a Future History ».

Lorsque John Finder reviendra à Paris au printemps 2017, après avoir passé six mois à Londres, il souhaite se consacrer pleinement à son HDR. Le chercheur examine le rapport entre la morale et l’économie à l’aide de quatre études de cas situés en France, entre 1880 et la première guerre mondiale. Comment a-t-on « moralisé » la hausse du coût de la vie et le passage à l’ère de la consommation de masse ? La faillite d’un commerçant était-elle une question d’ordre moral ? Comment fonctionnait la morale dans la zone grise du marché financier de Paris, où les transactions étaient d’emblée illégales? Quelles normes morales appliquait-on aux économies coloniales ? À l’aide de ces éléments, Jürgen Finger reconstruit « L’économie  morale » de la France à la « Belle Époque ».

Selon le chercheur, Paris est l’endroit parfait pour ses futures recherches, ne serait-ce que pour ses nombreuses bibliothèques et ses archives. Mais il est au moins aussi important pour lui de connaître pour ainsi dire de l’intérieur, grâce aux échanges avec ses collègues français, leur conception de la « Belle Époque » et de ses contradictions. C’est en toute conscience qu’il a choisi de ne pas traiter un thème franco-anglaise. Ce qui l’intéresse en premier lieu, ce n’est ni la comparaison entre les deux pays, ni l’histoire franco-anglaise qui est déjà bien représentée dans le domaine de la recherche, mais plutôt l’immersion dans l’histoire nationale de la France. Pour ce faire, il convient aussi de découvrir le pays et les gens en dehors de Paris. « Le microcosme parisien stimule énormément,  mais  j’ai prévu de nouer des contacts beaucoup plus étroits avec des  historiens en économie dans d’autres villes françaises », explique John Finder. Ce serait pour lui une excellente occasion de s’évader de l’agitation parisienne pendant quelques jours pour adopter un rythme de vie un peu plus calme.

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